Tout est parti d'un simple constat de vitesse anormalement basse. En comparant les paramètres réseau de mon PC portable avec ceux d'une instance cloud (Shadow), un détail a sauté aux yeux : là où l'instance affichait une carte réseau virtuelle à 10 Gbps, mon PC plafonnait à 100 Mbps en Ethernet. Cent fois moins. De quoi se poser des questions.

Le suspect : un adaptateur USB-C vendu comme « 2,5 Gigabit »

Mon PC — un ASUS Vivobook 15 — n'a pas de port Ethernet natif, comme beaucoup de laptops fins aujourd'hui. Je passais donc par un adaptateur USB-C vers RJ45, acheté sur Cdiscount, plus récent qu'un ancien modèle que j'utilisais auparavant. Sur la fiche produit et sur le boîtier lui-même : marquage « 2.5GBASE-T », promesse d'un débit de 2,5 Gigabit, connectique USB-C, compatible « iPhone, MacBook, iPad, Surface Go, Galaxy S24 Ultra ». Prix : 10,39 €. Note moyenne : 2,9/5 sur 9 avis — un chiffre auquel je n'avais pas prêté attention sur le moment.

Sauf qu'entre l'étiquette et la réalité, il y avait un monde.

La vérification technique : ce que Windows voit vraiment

Plutôt que de me fier au marketing, j'ai voulu vérifier ce que le système reconnaissait réellement. Un adaptateur réseau, quel que soit son boîtier, s'identifie auprès de Windows par un couple d'identifiants matériels (Vendor ID / Product ID) et par les capacités que son pilote expose.

Résultat de la commande Get-NetAdapter :

Name                 : Ethernet 3
InterfaceDescription : USB2.0 Ethernet Adapter
LinkSpeed            : 100 Mbps

Le nom du pilote parle de lui-même : « USB 2.0 Ethernet Adapter », pas la moindre mention de 2,5G. Et l'identifiant matériel confirme le tableau :

USB\VID_1A86&PID_E396 → QinHeng Electronics (wch.cn)

Pour être tout à fait certain qu'il ne s'agissait pas d'un simple réglage bridé quelque part, j'ai interrogé les valeurs possibles pour la vitesse de liaison de cet adaptateur :

ValidDisplayValues : {Auto, 10MB Half, 10MB Full, 100MB Half, 100MB Full}

Aucune option 1000 Mbps. Aucune option 2 500 Mbps. La puce elle-même — une QinHeng/WCH, typiquement utilisée dans les adaptateurs d'entrée de gamme à quelques euros — est physiquement incapable de dépasser 100 Mbps. Ce n'est pas un pilote mal configuré ni un réglage à débloquer : c'est le silicium qui plafonne là, un point c'est tout.

Un véritable chipset 2,5 Gigabit (Realtek RTL8156 par exemple, le standard du marché pour ce type de produit) serait apparu dans Windows avec des vitesses disponibles jusqu'à 2 500 Mbps, et un identifiant Realtek — pas QinHeng.

Une non-conformité, pas un simple « produit décevant »

Ce n'est donc pas une question de qualité perçue ou de performance « en dessous des attentes » : le produit livré ne correspond tout simplement pas à sa description. Le boîtier annonce du 2,5 Gigabit, la puce à l'intérieur ne fait que du 100 Mbps — soit 25 fois moins que ce qui est vendu.

J'ai adressé une réclamation au vendeur via le formulaire Cdiscount, en m'appuyant sur ces éléments techniques précis (identifiant matériel, nom du pilote, vitesses de liaison disponibles) et en invoquant la garantie légale de conformité (article L217-4 et suivants du Code de la consommation). Réponse reçue le jour même : remboursement accepté.

Ce qu'il faut retenir avant d'acheter ce genre d'adaptateur

Quelques repères pour éviter de se faire avoir :

La note moyenne est un signal. 2,9/5 sur seulement 9 avis pour un accessoire aussi simple qu'un adaptateur réseau, c'est un drapeau rouge qu'on a tendance à ignorer quand le prix est bas.

USB-C n'est pas un gage de débit. Le connecteur ne dit rien de la puce qui se trouve derrière. On peut très bien avoir un port USB-C relié à une puce Fast Ethernet 100 Mbps.

Le nom du chipset compte plus que le nom commercial. Pour du 2,5 Gigabit fiable, les références qui reviennent sont Realtek RTL8156 (ou RTL8156B) et, pour du vrai Gigabit simple, RTL8153 ou ASIX AX88179. Une fiche produit sérieuse mentionne généralement la puce utilisée ; l'absence totale de cette information, sur un produit générique « compatible avec tout », est suspecte.

On peut vérifier soi-même, après achat. Sous Windows, un Get-NetAdapter | Select Name, InterfaceDescription, LinkSpeed en PowerShell suffit à voir ce que le système détecte réellement. Si la description mentionne « USB 2.0 » pour un produit vendu comme 2,5G ou Gigabit, ou si le fabricant listé n'est pas un nom reconnu (Realtek, ASIX, RTL...), il y a de fortes chances que la promesse marketing et la réalité matérielle ne coïncident pas.

Le câble Ethernet compte aussi, mais ce n'était pas le problème ici. Un câble de catégorie insuffisante (Cat 5 par exemple, limité à 100 Mbps) peut lui aussi brider un lien qui aurait pu passer en Gigabit ou plus. Dans mon cas, le câble utilisé est un Cat 8 — largement capable d'encaisser 40 Gbps — donc aucun doute possible : la limite venait bien de la puce de l'adaptateur, pas du câble. Mais c'est un point à vérifier en premier si jamais chipset et câble sont tous les deux en cause : mieux vaut un câble Cat 6 ou supérieur pour ne jamais avoir à se poser la question.

Et maintenant ?

En attendant de trouver un remplaçant fiable — cette fois avec un chipset explicitement identifié —, j'ai basculé provisoirement sur le Wi-Fi 5 GHz de ma Livebox 7, qui délivre à lui seul six fois plus de débit (600 Mbps) que ce fameux adaptateur « 2,5 Gigabit ». Ironique, mais efficace.